• L'éditeur

    Lorsque la copie industrielle reparut dans le monde occidental vers la fin du XIIIesiècle, il en était tout autrement. Il s'agissait d'alimenter les étalages des librarii et stationarii rassemblés autour des universités. Le livre devint rapidement l'arme principale de cette tentative de révolution culturelle qu'on appelle la Renaissance. Au XIVesiècle, il dut répondre au nouveau besoin de lecture né dans des couches sociales jusque-là incultes, comme l'aristocratie, ou absorbées par d'autres préoccupations, comme la grande bourgeoisie marchande. C'est précisément dans les villes commerciales où cette bourgeoisie prospérait que l'économie du livre rencontra ses premiers problèmes, modestes encore il est vrai, de distribution de masse. Elle y réagit en adoptant une technique de reproduction plus rapide et moins coûteuse que la copie à la main. L'imprimerie européenne est née à Mayence. Elle aurait pu naître à Gênes, à Venise où l'on utilisait depuis longtemps le papier, à Francfort, à Amsterdam, à Anvers ou dans quelque autre ville hanséatique.

    Mais cette fois il n'était plus question de fabriquer et de vendre des livres sans avoir une politique du livre, sans agir sur le contenu du livre. L'imprimerie à sa naissance se caractérise par l'alliance des humanistes et des hommes d'affaires. Les imprimeurs du XVesiècle ne sont plus simplement des « publieurs », mais des éditeurs au sens plein du mot.

    Les choix qu'ont faits Gutenberg à Mayence, Caxton à Londres, Koburger à Nuremberg, Manuzio à Venise, et plus tard les Estienne à Paris, Plantin à Anvers, les Elzévir à Leyde ont façonné pour plusieurs siècles le visage de la culture européenne. On parle souvent du rôle des Bibles imprimées dans le mouvement des esprits de la Renaissance et de la Réforme. Mais il n'y a pas que des Bibles parmi les incunables. On y trouve de grandes œuvres littéraires du Moyen Âge sauvées de l'anonymat et rendues à la vie. On y trouve des romans de chevalerie, des ouvrages d'héraldique ou de comptabilité, des manuels d'échecs et toutes sortes de lectures utiles ou agréables qui faisaient froncer les sourcils des clercs latinisants attachés aux traditions. Car, et cela est essentiel pour l'histoire de l'édition, la nouvelle dimension du livre apportée par l'imprimerie lui ouvre un nouveau public, lui donne un nouveau contenu et une place nouvelle dans la société.

    Très vite la fonction de l'éditeur se précise. Avec Wynkyn de Worde, successeur de Caxton, la librairie de détail apparaît à Londres. À la fin du XVIesiècle, elle est entièrement spécialisée et l'éditeur lui délègue la diffusion. L'imprimeur se spécialise moins vite, mais de plus en plus souvent il travaille à la demande d'un commanditaire et sous sa responsabilité. Imprimeurs et libraires se partagent et quelquefois se disputent l'initiative de l'édition.

    Source : Logiciel Encyclopédia Universalis 2012


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